Québec, le 19 mars 2016

Depuis quelques jours, la question de la survie de la Coop SABSA dans la Basse-Ville de Québec a mis de l’avant les enjeux d’accessibilité à des soins de première ligne de qualité pour les personnes les plus vulnérables de notre société. Force est de constater que les initiatives comme celles de SPOT Clinique communautaire de santé et d’enseignement1, de la Coop SABSA, du local communautaire de Vanier ou de la Maison Gilles Kègle, entre autres, répondent à des besoins de soins non comblés par l’offre publique en santé dans la ville de Québec. Il importe alors de faire les choses autrement pour améliorer la santé et le mieux-être des personnes qui ont les plus grands besoins (par ex. accessibilité géographique et sociale des soins, milieux d’accueil chaleureux, suppression des barrières administratives, approche globale, etc.).

Tout en reconnaissant la qualité du travail et du dévouement notamment des équipes de proximité déployées par le CIUSSS de la Capitale-Nationale (par ex. équipes SIDEP-SABSA, Clinique des réfugiés et « Programme de suivis intensifs dans la communauté » de l’IUSMQ), il faut reconnaitre que la réponse aux besoins de santé des personnes vulnérables est plurielle, et accepter que pour la population marginalisée il faille sortir du cadre normatif pour être efficace.

Quels sont les ingrédients du succès des organismes qui réussissent à rejoindre les personnes marginalisées et désaffiliées ? Ils misent sur :

  • Une approche de soins globale et humaniste.
  • Un rôle infirmier élargi au cœur de l’offre de soins.
  • L’intégration de pairs aidants dans celle-ci.
  • La proximité relationnelle et géographique (e. soins dispensés dans les milieux communautaires).
  • Une infrastructure très légère et la réduction des barrières administratives.
  • La collaboration interprofessionnelle : infirmières, pairs aidants, médecins, dentistes, physiothérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, intervenants communautaires, travailleurs sociaux, bénévoles, groupes d’usagers, tous travaillant à l’unisson selon les besoins des personnes en souffrance, chacun apportant son expertise de façon humanitaire et complémentaire.
  • Une gouvernance démocratique et participative impliquant les citoyens, le milieu communautaire, les étudiants et les partenaires au sein des conseils d’administration, d’assemblées générales ainsi que des différents comités de travail et de soutien.
  • Une efficience économique fondée sur la prévention et l’éducation, en amont des crises sociales ou médicales qui coutent si cher à notre système de soins (les Urgences) et services sociaux mais aussi une efficience humanitaire, car les soins sont construits sur l’écoute et le respect.
  • Le temps accordé au processus pour mettre ces ingrédients en place.

C’est en travaillant ensemble, dans le respect de nos différences et en croisant nos diverses expertises (i.e. les experts citoyens avec les experts en enseignement, en santé, en recherche et dans le milieu communautaire) que nous en arriverons à une meilleure équité en santé. Notre action est fondée sur l’inclusion des personnes marginalisées dans la recherche de solutions. Nous devons œuvrer en continu avec elles pour comprendre leurs besoins, leurs défis et améliorer nos façons de faire. N’hésitons pas à sortir du moule « patients-clients » dans lequel les personnes se retrouvent trop souvent dans une position passive face aux professionnel-le-s de la santé. Les personnes qui fréquentent nos ressources communautaires sont des citoyens-partenaires à part entière, capables d’une formidable résilience et pouvant contribuer activement à la communauté dans laquelle ils vivent pour peu que la collectivité leur en donne la chance et écoute leur voix.

La santé est une responsabilité individuelle et collective. Nos organisations apportent leur contribution au développement d’une communauté solidaire, notamment à l’égard des inégalités sociales de santé et de l’accès à des soins de qualité pour tous. « Le soleil n’ignore pas un village parce qu’il est petit ». Cette maxime africaine pourrait inspirer nos dirigeants actuels qui sont élus démocratiquement pour représenter et servir la population, toute la population. Nous comprenons les enjeux actuels de réorganisation et de mobilisation des différents groupes professionnels dans le souci d’offrir un accès aux soins au plus grand nombre. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, mais doit-on laisser sur la touche des solutions alternatives, issues d’une expérience riche en savoir, qui sont de plus fondées sur une (re-)connaissance scientifique internationale, et qui de surcroit sont si peu onéreuses? Nous, Clinique SPOT, Coop SABSA et autres initiatives dans la communauté sommes parties de la solution d’aujourd’hui, mais aussi de demain. Pourquoi nos modestes initiatives ont-elles tant de réussite? Pourquoi nos modèles de soins sont-ils si efficaces malgré leur faible coût économique? Autant de questions simples auxquelles nous apportons une réponse simple : l’humain est au cœur de nos actions. Que le système public de santé soutienne le communautaire et en utilise la créativité et les innovations pour enrichir sa propre organisation, n’est-ce pas une bonne association, naturelle et logique de sens?

Notre expertise est fondée sur la science mais aussi sur l’expérience et le partage des intelligences. Nos actions sont le fruit d’alliances auxquelles l’administration publique collabore souvent, mais parfois trop craintivement. Nous avançons très souvent à contrecourant, et nous innovons constamment, seule façon de survivre dans la disette budgétaire qui est notre lot quotidien, mais nous développons, et avec…bonheur! Demain que voudrons-nous raconter à nos petits-enfants? Nous leur parlerons d’humanité, de partage, d’intelligence, de générosité, d’innovation et des expériences qui nous auront permis de leur laisser un monde meilleur. De l’audace, et de la créativité! Allons donc de l’avant avec ces nouvelles idées qui nous permettent de progresser comme société.

 

Le conseil d’administration de la Clinique SPOT : Maxime Amar (président), Josette Castel, Steves Desponts, Stéphanie Lampron, Anne-Marie Michaud, Camille Rodrigue et Simon Vermette
Infirmière clinicienne Clinique SPOT : Annie Bérubé
Coordonnatrice Clinique SPOT : Nathalie Bouchard

1 Fruit de trois années de travail de concertation et de co-construction entre le milieu communautaire, le milieu universitaire et des institutions de soins, SPOT Clinique communautaire de santé et d’enseignement est un organisme sans but lucratif fondé en 2014 dont la mission est d’offrir, prioritairement dans le secteur Basse-Ville, Limoilou et Vanier de la ville de Québec, des soins et services de santé de première ligne à des personnes marginalisées, désaffiliées, en situation de vulnérabilité socio sanitaire, non rejointes par l’offre de soins et services existante, et d’offrir aux étudiants en sciences de la santé et services sociaux un milieu de formation pratique axé sur une vision de santé globale et l’enseignement des pratiques de collaboration interprofessionnelle.